En juin dernier, la charte pour une agriculture durable en territoires périurbains a été signée par la Communauté Urbaine du Grand Toulouse et la Chambre d’Agriculture. C’est le retour et le maintien de la campagne en ville. Protection des terres agricoles, développement des filières de proximité, renforcement de l’agriculture biologique ou soutien à l’innovation technique et sociale, autant de projets qui fleurissent face à une pression foncière qui aurait envie de récolter plus de... « blé ».

 « Si on ne casse pas ce processus, après nous, c’est fini. On est rompu à la pression immobilière. Lorsque mes parents se sont installés en tant que maraîchers en 1969, ils étaient 10 fois plus nombreux qu'’aujourd’'hui », lance Alain Gatti. « Cette charte est très positive. Les élus vont dans le bon sens. C’'est la première fois que l’'on s’occupe de l’'agriculture périurbaine. Mettre de l'’agriculture au milieu des quartiers urbains, c'’est possible ! Si l’'on avait autant de maraîchers que dans les années 60, on serait capable de nourrir les Toulousains. Je comprends que ce ne soit pas évident de demander à une municipalité de garder ses terres agricoles alors qu’'en les transformant en terrains constructibles, cela rapporte beaucoup plus ».
 L'’histoire de cet agriculteur toulousain sonne comme un écho à cette charte pour une agriculture durable en territoires périurbains signée en juin par la Communauté Urbaine du Grand Toulouse et la Chambre d’'Agriculture. Fruit d'’une démarche engagée depuis 2003, elle a été relancée en 2008. « L’'objectif était que la collectivité se positionne en faveur d’'une agriculture périurbaine. L’'espace agricole a longtemps été perçu comme une contrainte et non un atout. 600 hectares de terres agricoles ont été consommées chaque année. Aujourd’'hui, nous avons réduit de moitié ce grignotage. Cette charte vise à préserver la destination agricole du foncier, à donner la priorité au maraîchage et aux produits locaux, à diversifier les productions, explique Antoine Maurice, vice -président à la Promotion des initiatives écologiques et solidaires de la Communauté Urbaine du Grand Toulouse. Au même titre que l’'industrie et l'’aéronautique, il faut redonner toute sa place à l’'agriculture locale qui avait perdu sa dimension alimentaire et économique. Nous devons revenir à des terres qui produisent et vont alimenter l’'agglomération. Le but est aussi de travailler autour de l’'emploi et de l’'insertion, d’'envisager des bourses agricoles pour soutenir et favoriser l’'émergence et la co-construction de projets agricoles durables ».

« Créer du lien entre ville et campagne »

 Bonne nouvelle donc pour Alain Gatti qui, sans le savoir, a semé sa petite graine de discorde pour empêcher cette pression foncière de proliférer comme du chiendent dans son champ. Il y a un an, ce maraîcher installé en AMAP (Association pour le Maintien d’'une Agriculture Paysanne) à Saint-Jory apprend que ses 2 hectares sont devenus constructibles. Alors que certains auraient vu là une aubaine financière, Alain Gatti, lui, conteste cette décision municipale. Une pétition est lancée rassemblant quelque 7000 signatures. « Certains agriculteurs m’'ont trouvé un peu bizarre, j’'aurais pu gagner un argent fou... mais ce combat me tenait à coeur. C’'est à contresens de ce qui se pratique mais moi, je veux conserver et protéger ces terres agricoles que j’'ai reçues de mes parents et pourquoi pas, les transmettre à mes enfants. On ne trouve plus de terres pour cultiver. Finalement, mes champs ont été reclassés en terres agricoles. Aujourd’hui, on prouve que sur ces 2 hectares, il y a 800 personnes qui mangent nos légumes ». Une modeste victoire pour ce paysan qui, grâce à son exploitation, a créé trois emplois et multiplié par deux le nombre de paniers vendus via ses 4 AMAP. Il veut aussi cultiver son savoir-faire, sa passion du maraîchage en formant des élèves agricoles et en les accompagnant ensuite dans leur projet d’installation.

 Pour Alain Gatti, cette charte fleure bon la campagne, le retour à une agriculture raisonnable et biologique. « Nous allons vers une crise pétrolière. Développer une agriculture de proximité est idéale pour réduire le transport mais aussi pour créer du lien social entre ville et campagne. Beaucoup d’'habitants des communes alentours et du centre ville se servent dans nos AMAP. Mon but est d'’arriver à fournir un jour la cantine de mon village et que les enfants en sortant de l’'école passent devant mon champ en disant à leur maman : c’est ce monsieur qui fait pousser les légumes qu’'on mange à la cantine ».